Rassegna Stampa

Sylvie Goulard : « Il y a une ambiguïté sur le rôle du député européen »

Sylvie Goulard (Députée européenne, membre de l’ALDE, qui regroupe les libéraux et les démocrates.

Comment définiriez-vous le travail d’un élu européen ?

C’est paradoxal. D’un côté, c’est une activité très exaltante d’agir au niveau européen dans une démocratie qui n’est pas de confrontation mais, en même temps, on souffre de la clandestinité dans laquelle on est enfermé sur le plan national. La plupart des gens ignorent ce que l’on fait, on est très peu présents dans les médias et on est considérés comme des parlementaires de seconde catégorie, alors même qu’on fait un travail plus difficile qu’un élu national.

De leur côté, les électeurs se plaignent de ne pas vous connaître. Avez-vous rencontré les vôtres ?

On essaye, mais c’est très difficile. Ma circonscription compte 16 départements avec des zone de montagne, des zones maritimes, des villes, des campagnes. Comment voulez-vous être partout ? Les grands partis qui ont plusieurs élus font un travail plus local. Ce n’était pas mon cas. Et puis il y a une ambiguïté sur ce que l’on attend d’un parlementaire européen. Est-ce quelqu’un qui doit être tourné vers l’extérieur et être capable de convaincre à Berlin et à Londres, ou cela doit-il être un élu de terrain ? Il est difficile en tout cas de faire les deux. La complexité de l’Europe, d’un côté, et la taille de la circonscription, de l’autre, pose un problème insoluble. A mon avis, l’Europe est là pour s’occuper de notre projection dans la mondialisation, de la relation de la France avec ses partenaires et cette action là ne peut pas être aussi locale que dans le cadre d’un autre mandat.

Comment vous êtes-vous organisée au sein du Parlement ?

J’ai souhaité faire partie de la commission des Affaires économiques et monétaires qui s’est trouvée en première ligne dans la crise. J’ai eu à coeur d’aller à la City de Londres, de participer à plusieurs think tanks européens, de me rendre à Hong Kong pour y rencontrer des investisseurs dans la zone euro.

Sur quels textes vous êtes-vous le plus impliquée ?

Je suis un serial rapporteur ! Je l’ai été pour le premier « paquet » de directives sur la supervision et sur les deux textes créant les mécanismes de supervision et de résolution des faillites bancaires. J’ai aussi été rapporteur de la directive sur le « Six Pack » qui renforce le Pacte de stabilité et d’un rapport d’initiative sur les eurobonds. J’ai enfin présidé l’intergroupe de lutte contre la pauvreté.

Quelle charge de travail cela représente-t-il ?

C’est un travail non stop. Bruxelles et Strasbourg, du lundi au jeudi, à peu près toutes les semaines, le reste du temps étant consacré au travail international et aux contacts dans la circonscription. ça a été extraordinairement lourd.

Que pensez-vous de votre rôle ou de votre action ?

Je crois que nous avons collectivement bien usé des pouvoirs législatifs en matière financière et pour la politique agricole commune. Nous avons fait sérieusement le job sur les accords internationaux, ce qui nous a conduit à rejeter les accords Swift sur les transferts de données bancaires aux Etats-Unis en 2010 au motif que les données personnelles devaient être protégées. Et c’était avant l’affaire Snowden… Ce qui prouve que nous aurons le courage de rejeter le partenariat transatlantique (TTIP) si nécessaire. Enfin, nous avons sauvé les fonds Erasmus et l’aide aux plus démunis et instauré la garantie jeunesse pour les jeunes sans emploi. Nous avons par ailleurs progressé dans le contrôle des instances, la BCE en particulier. Nous avons instauré un dialogue intense avec son président. A l’inverse, le Conseil européen s’est emparé de pouvoirs bien au-delà de ce qui est prévu par les traités et c’est une instance que personne ne contrôle !

Le Parlement légifère-t-il trop ?

Il y a sans doute un excès de régulation. Mais en même temps, nos sociétés sont devenues immatures : elles sont dans une attente de sécurité alimentaire, juridique, environnementale, et en même temps elles reprochent à la Commission d’en faire trop.

Vous avez parlé d’un système de coopération et pas de confrontation. Comment cela se manifeste-t-il ?

Quand on reçoit une proposition de la Commission, il y a une phase dans laquelle le débat d’idées est vif, où chacun défend ses amendements. Et puis, il faut trouver des compromis et là, il y a un effort de rapprochement avec un respect mutuel de la part des autres partis. Et on apprend très vite que des élus qui ne sont pas de votre parti ou de votre cercle culturel peuvent être compétents et avoir des idées valables… On apprend la complexité quand on travaille au niveau européen.

 Catherine Chatignoux